[]
loader

Mes actus' montagnes

Vous tenir au courant des conditions!

24 ème pierra menta

4 jours de course de ski alpi dans le Beaufortain

samedi 4 avril 2009, par Steph

Il est 5 heures le jeudi 12 mars quand le réveil sonne pour la première fois de cette fin de semaine qui s’annonce éprouvante. Nous ne savons pas trop par quel bout commencer : déjeuner ? strapper les pieds ? remplir le sac et ne surtout rien oublier pour ne pas être pénalisés et perdre de précieuses minutes si durement grappillées. Finalement , il nous semble logique de déjeuner en premier afin d’ avoir un temps de digestion maximal. Malgré un manque d’appétit presque total, nous absorbons un demi "gâteau sport" qu’on nous avait recommandé et que Titi a confectionné de mains de maître !

Nous sommes sur la quatrième lignes puisque nous n’avons jamais participé, ça fait du monde devant et nous savons bien que le départ est primordial pour ne pas être pris dans d’éventuels "embouteillages" sur les premiers passages plus techniques.Nous devrons appuyer d’entrée de jeu !

Je suis surpris en bien : ça part vite mais rien à voir avec les montées sèches de 800m de dénivelé où je suis asphyxié dès les premiers 100 mètres. De plus, il y a du monde donc il faut suivre le mouvement, on ne peut pas doubler immédiatement.

premier rephoquage et première erreur : j’avais rangé mes peaux en boule dans ma combi, habitué à mes peaux d’entraînement. Sauf que là, les peaux sont quasi neuves et du coup ça colle beaucoup plus et nous voilà déjà à nous faire dépasser bêtement car je m’escrime à dénouer cet imbroglio de poil et de colle !

heure et trente minutes de course ( mi parcours) :

- " Groug, j’ai des crampes !"
je me retourne et vois un rictus inquiétant sur le visage de mon coéquipier. Dans ma tête, les différentes hypothèses pour la suite des évènements, s’entrechoquent :

- allons nous abandonner ? après seulement 2 heures de courses et encourager nos adversaires pendant les 3 prochaines journées !

- allons nous ralentir au point de finir dans les profondeurs du classement et de revoir notre objectif à un simple : il faut finir, on verra l’année prochaine !

- si nous terminons l’étape, pourrons nous repartir demain ?

- que vont penser nos familles ? Nos potes, les gens qui nous suivent de près ou de loin : "c’était bien la peine ! tout ce bordel, ces heures d’entraînements et de souffrances relatives pour en arriver là : un abandon plus que prématuré, quasiment un faux départ ! "

Je ne me retourne même pas et réponds assez sèchement que ça va faire. Je connais Titi. C’est cliché que de dire ça mais, les heures passées ensemble sur les courses, en montagne ou en rando nous ont inévitablement rapproché et appris à nous sentir, nous connaître. De toute façon, je sais que nous avons une approche très similaire de l’effort, de la course, de la montagne et je sais qu’il ira jusqu’au bout. Il connaît son corps et sait qu’il peut lui demander un peu plus que d’habitude pour résister à l’effort et la douleur.

Nous terminerons 53ème de l’étape. C’est déjà un classement inespéré. A l’arrivée, une petite accolade, un grand sourire. Titi ne peut plus bouger je déchausse ses skis, nous restons là au soleil, un peu ébêtés à regarder les autres équipes qui arrivent et dont certaines ont du connaître les mêmes ennuis et les mêmes doutes que nous.

Deuxième jour : la journée la plus redoutable d’après ce que nous entendons dans les couloirs de l’hôtel.
Nous dépasserons les 2800 mètres de déniv. mais surtout le parcours avoisine les 30 kilomètres ce qui signifie des sections assez plates.

Les paysages sont magnifiques, la course se déroule très bien, Titi a la caisse, moi aussi. A mi parcours nous rattrapons une équipe que nous connaissons bien, il s’agit d’Yvan et Jérémie, nous les savons d’un très bon niveau et le fait de les rattraper et de les distancer même, nous motive d’avantage. Les descentes sont longues et techniques dans une neige très changeante, il faut être très concentré pour ne pas tomber et perdre du temps ou même cassé du matériel.Nous savons que les descentes sont un point fort de notre équipe et il n’est pas rare que nous dépassions une petite dizaine d’équipes sur une descente de plus de 1000 mètres de dénivelé.

Nous arrivons à la 44 ème place. C’est mieux, c’est vraiment une très belle surprise pour nous qui espérions rentrer dans les 70 meilleurs équipes.

Troisième jour : c’est l’étape du grand Mont, celle qui déplace plus de 4000 personnes sur Arèches. Nous sommes impatient de voir...
Effectivement nous ne sommes pas déçus. Le public est au rendez vous et tout le monde est porté par les encouragements .Pour les premiers ou les 168 ème, la ferveur du public est la même.
J’entends des voix connues, je reconnaît certaines têtes, à chaque encouragements nous forçons un peu plus, puis nous calmons le jeu sinon c’est "l’explosion assurée" !
La descente de plus de 1400m nous permet une nouvelle fois de creuser l’écart sur nos poursuivants et même de rattraper bon nombres d’équipes qui nous avaient distancées à la montée.
Sur la feuille de résultats, nous pointons à la 37 ème place !

Quatrième et dernier jour : C’est l’étape la plus courte : 1700m.
la première montée dans un vallon sauvage est magnifique. Nous redescendons sur le versant sud sur une neige béton que le soleil n’a encore pu faire "décailler" la deuxième montée est entrecoupée de passages à pieds car la neige est très dure et elle se termine sur une arête splendide.
Dernière descente avec toujours autant la hargne. Vers la fin de la descente, nous sommes seuls, personnes devant, personne à nos trousses. Nous crions notre joie à plusieurs reprises avant d’arrivée sur la dernière ligne droite et le portique d’arrivée.
ça y est, c’est fait, nous avons fait la Pierra Menta. Je crois que nous avons encore pas mal d’énergie, nous sommes presque un peu déçus que tout ça se termine. Le corps s’était habitué, la tête aussi !
On traine un peu dans l’air d’arrivée, on sert les mains des équipes avec lesquelles on s’est tiré la bourre pendant quatre jours, ce sont presque des potes maintenant...

Nous terminons finalement à la 42 ème place.

Le plus dur reste à faire... rentrer à Sallanches avec la butée d’embrayage à ras d’exploser !

photos à venir